vendredi 12 mars 2010

Retour de la terre

Avant d'aborder la grande foire d'Agra et son Dysneylandesque Taj Mahal que je tacherai, pendant les 3-4 prochains jours, de prendre sous tous les angles possibles rien que pour vos beaux yeux, je voulais vous offrir, comme ca, quelques impressions a la volée apres une nouvelle et ultime petite semaine passée dans mon cher et tendre petit village de Som.
Pas de photos ou tres peu, pour changer, juste les premiers contours des conclusions qui commencent doucement a se dessiner de tous ces entretiens que nous avons fait passer, de ces visites sous un soleil de plomb et, plus généralement, de l'état des lieux de cette sous-région a l'avenir incertain.
Assez paradoxallement, ces premieres observations s'éloignent fort de l'objectif initial lié a l'observation de la biodiversité locale. C'est au contraire un constat inquiétant d'impuissance assez violent qui s'est imposé a nous face au probleme du réchauffement climatique, des ressources aquatiques et des flux migratoires qu'il commence déja a provoquer. En entendre parler est une chose, mais le constater de ses yeux en est une autre.

Il faut dire que les fermiers de la région (Som n'étant surement pas un cas isolé) ont pour eux le peu enviable privilege de cumuler une série de problématiques qui rend leur situation pour le moins problématique:

- Le probleme est d'abord historique: La premiere observation qui ressort de nos entretiens est assez claire, la région traverse, de mémoire d'anciens (souvent a peine capable de connaitre leur age...), la pire période de sécheresse depuis le dernier demi-siecle, voila qui plante déja un peu le décors.

- Le probleme est ensuite géologique: Monsieur Cogné en parlerait surement avec plus d'assurance que moi, mais les terrains de cette zone aux milliers de vallons représentent a eux seuls un vrai défi pour quiconque voudrait développer l'agriculture de cette zone. La culture en escalier délaissée, nos petits fermiers s'efforcent donc de développer leurs petites cultures sur des versans parfois pentus, limitant ainsi drastiquement leur acces a l'eau (allez creuser un puit au sommet d'une montagne !). Quand on sait que lors des moussons, l'eau ne fait que dévaler sur ces reliefs sans prendre le temps d'impregner la terre, imaginez alors le probleme que peut constituer pour ces champs une succession de moussons toujours plus faiblardes (la mousson étant, rappelons-le, une période d'environ un mois-un mois et demi ou les seules précipitations de l'année s'abattent avec (de moins en moins de) force a travers l'Inde).

- Bien evidemment car tout est lié, le probleme est également climatique: Les moussons moins généreuses touchent non seulement nos agriculteurs en altitude mais n'oublient pas pour autant de venir taquiner leurs collegues des plaines pourtant bien pourvus en puits. Malheureusement, sans mousson suffisamment puissante, les nappes phréatiques épuisées et les puits vidés pendant le reste de l'année n'ont plus le temps de se reconstituer et se remplir suffisamment pour subvenir aux besoins des 9 mois suivants. D'autant plus problématique quand on apprend qu'il y a encore 10-20 ans, il suffisait "de lancer des graines sur la terre avant la mousson pour que des champs fleurissent abondamment tout au long de l'année suivante".

- Fatalement, ces successions de mauvaises saisons entrainent un probleme économique patent. Une population importante se retrouve en effet presque sans activité, parfois sans nourriture suffisante et trop souvent sans le sou. Le probleme est meme démultiplié avec l'hérédité des terres ou les jeunes se partagent en petites parcelles les terres devenues incultivables du pere (et ici, la succession
du pere fermier n'est pas un choix, elle s'impose). On constate ainsi pendant la periode seche un vaste flux migratoire de la population jeune vers les villes afin d'y travailler sur des chantiers et d'y gagner l'argent qui permettra a la famille restée au village de survivre. Ils ne reviennent alors que pour la petite période des moussons pour y cultiver ce qui peut l'etre.

Des solutions existent pourtant et sont testées un peu tous azimuts depuis quelques années par le gouvernement ou a travers l'action de quelques organisations comme celle dans laquelle je travaille: engrais, especes hybrides moins demandeuses en eau, canaux, puits approfondis, création d'une institution gouvernementale dédiée a la fabrication de ces infrastructures (employant pres de 500 personnes dans la zone). Malheureusement, toutes ces tentatives ne me paraissent n'eter qu'un pansement sur le cancer qui ronge la ruralité rajasthani.

De plus en plus de fermiers abandonnent tout simplement leurs terres (pourtant véritables symboles de prestige dans la société indienne), les betes ne produisent désormais presque plus rien par manque de nourriture suffisamment riche a leur fournir, les financement tardent a arriver et sont bien souvent conditionnés par des criteres trop strictes alors que la situation empire chaque année:
- Ce qui est désormais produit n'est presque plus qu'une agriculture de subsistance, rien ne restant pour etre vendu sur les marchés.
- Face a ces subventions qui n'arrivent pas, de plus en plus de fermiers se résolvent a financer eux-meme les infrastructures attendues en partant, parfois pendant plusieurs années, gagner dans les villes le budget nécessaire a leur construction.
- Som et ses environs comptent aujourd'hui une trentaine de puits quand il en faudrait le double pour rendre la situation meilleure (mais encore faudrait qu'ils se remplissent, il ne suffit malheureusement pas de les creuser...)
- Il existe également des projets de barrage sur la riviere qui traverse le village (riviere assechée 9 mois sur 12...) mais cela suffira-t-il si la mousson reste faible ? Quelles sont les échéances avant que ces projets d'envergure voient le jour dans un village aussi reculé ?

Dans tout ce triste bazar, je vous avoue donc que la problématique liée a la biodiversité ne devient plus que secondaire. Ce n'est faute d'avoir tenté de l'amener dans nos conversations avec les agriculteurs locaux mais elle n'a pas grande signification a leurs yeux, pas aujourd'hui en tout cas. On se demande d'ailleurs encore avec Nico ce que nous faisons sur un projet lié a la biodiversité dans un village ou Seva Mandir a déja fourni depuis quelques années les fermiers en especes hybrides qui paraissent doucement ouvrir la porte a l'arrivée des OGM...

11 commentaires:

Anonyme a dit…

quel commentaire ou reaction peuut on ecrire sur un tel sujet pris en pleine face le matin lorsque l'on est devant son cafe et que l'eau coule sans probléme au robinet !!!! pendant combien de temps?
merci antoine de nous faire partager toute ces réalités bises sophie

Edith a dit…

Cà c'est pas cool alors !! l'origine de tout çà ne serait il pas une déforestation massive comme dans tant d'autres endroits sur notre globe ?? et si en plus, on ouvre la porte aux OGM, tout est foutu ! l'homme, ce dominant, va t'il enfin écouter (s'il n'est pas déjà trop tard ..) les autres espèces (animal et végétal)qu'il fait mourir à petit feu .....

Anonyme a dit…

Yo,
Alors bon d'abord monsieur Cogné il a autre chose a foutre que de s'occuper de la géol d'un pays où on ne mange ni porc ni boeuf (ouais je suis un peu resté bloqué la dessus mais vraiment ces pauvres ils savent plus quoi inventer pour se rendre interessant).
Ensuite comment peux tu, cher coussin, te fier à la parole de gens qui sont même pas capable de sesouvenir de leur âge ? hein alors bon...
Pour conclure vive le réchauffement climatique, les ogm et touti quanti...Si ils veulent de l'eau ils ont qu a l acheté en bouteille plastique comme tout le monde ! (en plus ça peut leur faire des jolis maisons après demande à Teuteu! je sais arroser un champ à coup de bouteille ça prend longtemps mais ils ont quand même que ça à foutre, eux, qui n'ont pas à, en vrac, aller au bar boire des coups, fumer des pétards, glander sur ton bloc,...)
Enjoy

Nathan

Ps: ici il pleut pas mais je t'emmerde quand même c'est une question de principe.

meucheeele a dit…

C'est, peut-être ,là ,la limite de nos idées toutes faites d'occidentaux privilègiès!!Comment appliquer des concepts de pays riches à des hommes et des femmes qui sont dans la survie et qui, chaque matin se demandent comment ils vont trouver de l'eau pour arroser leur champs,nourrir leur bête et faire boire leur famille!!
On comprend alors pourquoi, eux, la biodiversité est loin de leurs préoccupations.Comment faire coller ces deux approches différentes? Voilà le défi nécessaire!!Bon courage!!

Chitoune a dit…

Si j'osais un parallèle..

L'exemple d'un pays ou une loi de la puissance occupante a imposé ce morcellement des terres au fil des héritages.. en deux siècle, un pays entier réduit à cultiver un seul produit (la pomme de terre, seul tubercule suffisamment nourrissant et ne demandant pas trop de place pour le cultiver).. tu rajoutes un petit champignon la dessus et tu obtient la famine irlandaise: en 5 ans, 1 million de mort et 2 millions d'émigrés

...1/3 de la population en moins...

Voila, la différence notable avec l'Inde c'est que la loi de passation des terres est une tradition, et non pas une imposition colonialiste (or is it ??).. rassurant..

ps: l'Irlande s'est sortie de cette situation en recomposant les parcelles de terre, puis en diversifiant son économie, cela lui a pris 1 siècle de résistance, puis de guerre civile, pour pouvoir décider de son destin avant de pouvoir réfléchir à son développement (qui s'est avéré n'être qu'une nouvelle forme de spécialisation économique, vulnérable à d'autre forme de crises.. plus récentes..)

.. ouais, la vie n'est pas un long fleuve tranquille..

Bisous

Jean Luc a dit…

Au fait, est-ce qu'on fait du dermophyle à Som ?

Touane a dit…

Roh dis donc, c'est sérieux tout ca !! Promis la prochaine fois, j'allege un peu l'ambiance en parlant en calembours et en abordant le délicat sujet du "Chitoune sera-t-il capable de se prendre une cuite au lait de Yack pour feter son prochain anniversaire"... (ou pas)
Merci en tout cas pour vos petites impressions, le coeur toujours pur et la pensée généreuse de Monsieur Cogné, les questions toujours hautement pertinentes de notre éminent spécialiste en "histoire du Calisson entre 1784 et 1815 dans la Région varoise", j'ai nommé Monsieur Baldene. Merci bien évidemment a Chitoune Oger pour sa gymnastique de barre parallele de haute volée, et merci a mes bien aimées MeuSoDith pour leurs réactions regulieres !

Sinon le Taj Mahal est fort joli, un tas de pierres plutot plaisant ! Faudra que je vous en parle a un moment si j'en trouve le temps... :)

Edith a dit…

Oh oui viiiiiiiteeeeeeee des news du "tas de pierres plutot plaisant" car ici il fait beau et on est mieux au chaud devant son écran !!!!!

Pieeeeeeeeeeeeerre a dit…

waaaa! 3 billets de retard, une heure (de plaisir) pour me mettre à jour! et encore j'ai fait avance rapide pour les photos!

Des questions sur ton billet :
- quelles espèces de plantes (céréales) cultivent-ils?
- il y a un manque d'eau, mais serait-il possible de compenser en partie ce manque par la mise en place d'un meilleur système d'irrigation (ce qui demande de l'argent et dc ne résoudra pas de suite le pb)

En tt cas, merci pour le témoignage, les explications, les photos et les souvenirs qui reviennent en te lisant!
(et combien de jours as-tu mis pour te débarrasser de la peinture de la fête des couleurs??)

des poutoux!

Touane a dit…

Alors mon Pierrot, les variétés cultivées n'ont rien de fondamentalement exotiques: du blé, du mais, de l'avoine pour la plupart, certains innovent avec du coton, des oignons, du piment, de l'ail. Il y en a un qui se démarque quand meme avec son champ de tabac, ses goyaves et ses mangues. Mais ca reste malgré tout essentiellement céréalier.

Pour le manque d'eau, ils ont effectivement des idées a revendre nos petits agriculteurs et des systemes d'irrigation, ils en ont a la pelle a proposer, d'autant plus que leur terre en a terriblement besoin pour retenir l'eau qui devale sur leurs vallées. Malheureusement, comme tu t'en doutes, ca nécéssite des fonds qui n'arrivent pas et sans une mousson généreuse qui n'arrive plus de puis une demi-decenie, l'irrigation risque de ne pas résoudre tous leurs problemes.

Et puis pour ce qui est couleurs, c'est finalement parti moins difficilement que ce que j'aurais pu le croire sur le moment. Il n'y a que ce liquide chimique noiratre qu'on voir sur certaines photos qui a mis plus de temps a partir, mais apres quelques douches et 3-4 jours, tout était parti (heureusement parce que j'en avais vraiment plein la tronche !)

Anonyme a dit…

Hého ! Le dalaï - lama, t'es là ?
Non ?
Je vais me coucher alors.

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